Le projet

L’Accueil Marthe et Marie, une Maison d’Eglise qui fait signe

Certains disent de l’Accueil Marthe et Marie que c’est leur deuxième maison, d’autres un lieu source qui ressource, des résidents s’y sentent comme en famille et ceux qui ont participé à une activité repartent dans la joie du moment partagé. Quel est ce lieu d’Eglise qui diffère des paroisses ?

L’Accueil Marthe et Marie a ouvert ses portes à Lomme en 2011 et constitue à présent un lieu repère pour le quartier Humanicité, le diocèse de Lille, mais également pour les communes aux alentours ou ceux qui viennent découvrir le projet urbain. Sa fréquentation est en constante augmentation et représente actuellement près de mille passages par mois.

Cette Maison d’Eglise à vocation oecuménique est le fruit d’une réflexion commune menée par le Diocèse de Lille, l’Université Catholique de Lille et la congrégation des Oblates de l’Eucharistie. Implantée à l’entrée du quartier Humanicité à la périphérie de Lille, elle a pour vocation de vivre une présence d’Eglise pour son environnement proche mais plus largement encore. Elle fait écho au projet du quartier imaginé par l’Université Catholique de Lille pour développer un urbanisme social afin que des liens entre des personnes en situation de fragilité et d’autres habitants se tissent ; résidents des établissements médico-sociaux du quartier, habitants, salariés, personnes de passage ou participants à une activité se retrouvent ainsi à l’Accueil Marthe et Marie. Un autre visage de l’Eglise à découvrir.

  • Un lieu qui favorise la rencontre

Ceux qui viennent à l’Accueil Marthe et Marie empruntent chacun une des portes d’entrée qui se présentent à eux. Il y a les habitués qui passent leurs après-midis, vont à la messe et partagent le goûter offert, ceux qui s’arrêtent sur leur chemin pour y prendre un café. Certains viennent flâner à l’espace-librairie tandis que d’autres sont attirés par l’exposition en cours. La maison propose également des activités (heure du conte pour les enfants du quartier, pique-nique biblique et pique-nique littéraire, atelier d’écriture et de créativité, cours de qi-qong/tai chi chuan, tricot, atelier autour des plantes), des groupes diocésains ou non s’y retrouvent pour une formation, un temps d’échange ou une réunion. La chapelle et son très beau chemin de croix, réalisé par des personnes en situation de handicap sur une proposition de la Commission d’Art Sacré du Diocèse de Lille, offre un lieu de recueillement où l’eucharistie est célébrée trois fois par semaine. Il y a également ceux qui ont découvert la maison par le biais d’une activité et qui deviennent bénévoles.

L’équipe d’accueil et d’animation (deux salariés, une quinzaine de bénévoles et un prêtre accompagnateur) veille à proposer à ceux qui sont là une ouverture autre que celle qu’ils étaient venus chercher. C’est ainsi que nos propositions se complètent les unes les autres pour s’adresser à la personne tout entière (cœur, corps, esprit) et créer les conditions d’une rencontre. Rencontre avec soi-même, rencontre avec les autres et rencontre avec le Seigneur pour ceux qui le désirent.

A l’Accueil Marthe et Marie, la proposition ne vise pas au seul épanouissement de l’individu. En effet, chacun est invité à prendre place autour de la table, celle du goûter et/ou celle de l’eucharistie, pour un moment de convivialité, un temps de partage et d’ouverture à l’autre, à la différence. C’est ainsi que des liens se tissent, que des échanges et des rencontres, inattendus souvent, ont lieu.

  • Un lieu d’écoute, de parole et de regard posé

Accueillir l’autre comme il est, pour ce qu’il est , avec ses fragilités, ses angoisses, sa colère, ses doutes, ses rêves ou ses attentes. Les personnes qui connaissent la solitude ou la vie en collectivité dans les foyers d’accueil médicalisés du quartier aspirent à être reconnues dans ce qu’elles vivent personnellement. C’est alors que résonne la Parole en Isaïe 43 « tu as du prix à mes yeux, de la valeur et je t’aime. » Ici il n’y a pas de patient, soignant, personne bien portante ou en difficulté, même si avec délicatesse nous veillons aux besoins plus spécifiques de certains. Prendre le temps avec chacun puis inviter à s’ouvrir aux autres, en retrouvant le goût d’un moment de partage à plusieurs, le temps d’une conversation, d’un jeu, d’une activité ou du goûter, une manière pour certains de retrouver un lien social.

L’écoute prend toute sa place. Ici, les personnes s’autorisent à dire ou se dire ce qui ne peut pas toujours être exprimé dans leur lieu de vie ou auprès de leurs proches. A l’occasion d’un café, à la fin d’une activité ou autour de la table de la rencontre, la parole se libère simplement, en confiance. Des mots sont mis sur l’isolement, la maladie, l’absence ou l’éloignement de la famille, le divorce des parents, la difficulté à s’habituer à un nouveau cadre de vie, l’injustice de ne pouvoir aller se promener au soleil, la colère liée à son handicap ou encore l’inquiétude quant à la santé de son conjoint. Nous sommes également témoins de paroles d’émerveillement, d’action de grâce, de mots courageux ou de soulagement. On parle de la « pastorale de l’oreille » mais nous découvrons ici l’importance de celle du regard. Lorsque le cri est trop grand, la douleur trop forte, il n’y a parfois plus de mot, le silence se fait souffrance mais également présence. C’est alors qu’on est appelé à soutenir l’autre dans son épreuve en soutenant son regard ; se taire et regarder l’autre c’est reconnaître ce qu’il vit et l’autoriser à l’exprimer.

  • Un lieu témoin d’une foi vivante

Nous aimons relire l’évangile de « Marthe et Marie » comme celui de la rencontre. En effet, au-delà de celle qui s’affaire et celle qui écoute, il y a une personne, le Christ, qui les rassemble. Rassembler dans cette Maison d’Eglise les petits, les fragiles, les exclus de la société. Réunir des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées. Accueillir aussi ceux qui se croient « grands et forts ». Être témoins de la plus grande misère humaine comme des plus grands émerveillements, un lieu de l’incarnation.

C’est ainsi que l’Accueil Marthe et Marie est pour beaucoup un lieu source qui ressource, un lieu habité. Sans doute pouvons-nous témoigner de ces transformations vécues, de ces expériences de salut, de cette joie bien réelle qui nous habite et se répand aux alentours, ne se limitant pas aux murs de l’établissement, ce dont témoignent les voisins du quartier (particuliers ou établissements).

C’est également pour l’équipe un chemin d’humilité et d’humanité lorsque nous touchons du doigt nos limites face à cette souffrance. Un beau chemin de croissance grâce à ces personnes qui nous révèlent la capacité d’amour que nous avons en nous. Un chemin de confiance également et de foi vécues chaque jour avec Celui qui nous accompagne et apaise les coeurs blessés.

Chemin de foi également pour ceux qui viennent à l’Accueil Marthe et Marie pour y trouver le repos auprès du Christ dans la chapelle. Et de nouveau, chemin d’humilité pour l’équipe face à ces personnes dont la foi est rayonnante mais qui n’ont pas les mots de celle-ci. Commence alors un chemin de conversion pour accompagner ces personnes vers les sacrements. Les liens se tissent un peu plus au sein du quartier, du diocèse et avec la paroisse alors que ces catéchumènes sont déjà habités par une foi lumineuse.

Un projet Maison des Familles voit le jour à l’Accueil Marthe et Marie et veillera à préserver ce qui fait la spécificité du lieu : accueillir, tisser des liens, accompagner et faire grandir, dans la joie du Christ ressuscité.

 

L’Accueil Marthe et Marie présente un visage de l’Eglise parfois peu connu, loin de la vie des paroisses. C’est une Eglise modeste qui ose la rencontre, toutes les rencontres. Elle va aux périphéries dans cet élan missionnaire instauré par le pape François, une Eglise qui est signe de joie et d’espérance pour les chrétiens mais également pour les autres. Deo gratias !